CARBONE 14 (1) : LA DATATION DE 1988

 

Effectuée en 1988, elle fut publiée dans la très sérieuse revue scientifique « NATURE » le 16 février 1989, et fit l’effet d’une bombe et relayée immédiatement sur tous les médias du monde : le Suaire était un faux moyenâgeux, sans discussion possible.

Cependant quelques scientifiques, persuadés de l’authenticité du Suaire ne s’avouèrent pas vaincus et continuèrent les recherches d’une part sur la validité des résultats du C14 et d’autre part sur le suaire lui-même en approfondissant les résultats des études précédentes et en faisant de nouvelles découvertes.

 

 

 SOURCES :

 

PLAN DE LA PAGE :


 

LA METHODE GENERALE DE DATATION AU CARBONE 14 ET L’ARRIERE PLAN DU DEBAT :

 

Je n’expliquerai pas ici en quoi consiste cette méthode et je vous renvoie vers un excellent site parfaitement clair.

De façon générale cette méthode est unanimement considérée comme très utile à la datation de tout objet à laquelle elle est applicable. De nombreux obstacles ont du être surmontés au cours de l’histoire de cette technique ayant permis à celle-ci d’arriver à maturité. Cependant la question de la contamination du matériel à dater par du matériel plus récent, faussant donc le résultat, reste, de l’avis même des spécialistes, la question cruciale.

 

Avant d’étudier la fameuse datation et la controverse, je voudrai attirer votre attention sur l’article de Meacham paru AVANT cette datation, en 1986, car il me semble prémonitoire de ce qui allait arriver.

 

Voici, en quelques mots, les éléments essentiels de cet article :

 

-« La mesure radiocarbone du suaire est un problème complexe et la contribution d’experts de disciplines variées est très importante.

- Pour la plupart des échantillons datés par le C14, l’histoire est bien connue ou reconstituée et les substances ayant pu affecter le contenu en carbone peuvent habituellement être identifiées. Pour le Suaire, il existe une histoire de 600 ans dans un grand nombre d’environnements différents et une possible histoire de 1300 ans pendant lesquels l’objet a pu être en contact avec virtuellement n’importe quelle substance naturelle ou artificielle.

 - (...) le choix du site du prélèvement sur la relique doit être gouvernée par la question de possibles contaminations et la nécessité de mesurer des échantillons typiques et atypiques. (...)un programme détaillé de prétraitement et d’analyse doit être conduit avant la mesure des échantillons. Enfin, le résultat doit être annoncé au grand public en présentant les possibilités de contamination et les autres incertitudes inhérentes à la méthode de datation par le radiocarbone. »

 

Nous verrons que la non application de ces conditions est une des causes principales de la polémique autour de la datation au C14.

 

 

La datation DE 1988 :

 

Nous présentons ci-dessous un résumé de la traduction des principaux passages de l’article paru dans la revue « Nature » le 16 février 1989 et que vous trouverez dans son intégralité en anglais ( voir SOURCES ).

 

Voici l’introduction : « De très petits échantillons du Suaire de Turin ont été datés par spectrométrie de masse après accélération dans des laboratoires d’Arizona, Oxford et Zurich. Comme contrôle 3 échantillons dont les âges avaient été déterminés indépendamment ont aussi été datés. Les résultats apportent la preuve que le lin du Suaire de Turin est médiéval ».

 

Après quelques considérations sur l’histoire connue du Suaire, les tests préalables de faisabilité et l’élaboration des procédures, les auteurs écrivent :

 

- concernant le prélèvement des échantillons :

 

« Le Suaire fut séparé du tissu de soutien ( la toile de Hollande, NdT ) dans son coin supérieur gauche et une bande (d’environ 10 mm sur 70 mm) fut coupée juste au dessus de l’endroit où un échantillon avait été précédemment prélevé en 1973 pour examen. La bande provenait d’un site unique du corps principal du Suaire, loin de tout rajout (patch) ou partie brûlée. Trois échantillons d’environ 50 mg furent préparés à partir de cette bande. »

 

Le document explique ensuite comment chaque représentant des 3 laboratoires a reçu, dans des containers scellés un des 3 échantillons du Suaire ainsi que des échantillons de contrôle.

Ces 3 échantillons de contrôle, étaient : 1) un tissu de lin provenant de Nubie et daté par des méthodes historiques du 11ème-12ème siècle après J.C ; 2) un tissu de lin associé à une momie égyptienne daté par radiocarbone de 110 avant JC à 75 après JC ; 3) des fils provenant de la cape de St Louis d’Anjou datés historiquement de 1290-1310 après JC.

 

Contrairement au protocole initial la procédure de double aveugle n’a pas été appliquée et les raisons invoquées par les auteurs sont les suivantes : il était facile pour les laboratoires de distinguer l’échantillon du Suaire des autres, et si les échantillons avaient été auparavant mis en lambeaux pour éviter cette reconnaissance les procédures de prétraitement auraient été beaucoup plus difficiles.

 

- concernant les procédures de prétraitement :

 

« Puisque le degré de contamination par des souillures, de la fumée et d’autres contaminants des échantillons de lin était inconnu, les trois laboratoires subdivisèrent les échantillons et les soumirent à plusieurs procédures différentes de nettoyage mécanique et chimique.

Tous les laboratoires ont examiné les échantillons de textile au microscope pour identifier et enlever tout matériel étranger. Le groupe d’Oxford nettoya les échantillons à l’aide d’une pipette à vide puis dans un éther de pétrole pour enlever les graisses et la cire de bougie par exemple. Zurich utilisa un bain d’ultrasons pour ce prétraitement. Après ces procédures initiales de nettoyage chaque laboratoire coupa les échantillons pour traitement ultérieur. »

 

Suit ensuite la procédure détaillée de traitement de « décontamination » utilisée par chaque laboratoire pour chacun des sous-échantillons. Sans entrer dans le détail ces méthodes utilisent essentiellement et successivement des solutions acides et alcalines.

 

- concernant les méthodes de mesure :

 

Après la décontamination, chaque sous-échantillon est converti en graphite à partir duquel les mesures sont effectuées. Chaque laboratoire a mis en œuvre de 3 à 5 mesures indépendantes pour chaque sous-échantillon sur une période d’environ 1 mois. Les résultats furent adressés au British Museum pour analyse statistique.

 

- Résultats :

 

Les résultats sont synthétisés dans le tableau ci-dessous.

 

Notez que les dates ne représentent pas l’âge calendaire habituel mais des dates « Before Present », c'est-à-dire des valeurs en années calibrées soustraites de 1950 (le « Present » par convention) : on ne peut pas en déduire directement l'âge réel mais il faut pour cela utiliser une courbe de l'évolution au cours du temps historique de la teneur en C14 dans l'atmosphère.

 

Chaque date représente une combinaison unique des différentes mesures appliquées à chaque sous-échantillon.

 

 

RESUME DES MOYENNES DES DATES RADIOCARBONE (AGE B.P.) ET ESTIMATION DE L’ECART ENTRE LABORATOIRES

 

 

ECHANTILLONS

1

2

3

4

 

SUAIRE

CONTRÔLES

Arizona

646±31

927±32

1 995±46

722±43

 

Oxford

750±30

940±30

1 980±35

755±30

 

Zurich

676±24

941±23

1 940±30

685±34

 

 

Moyenne non pondérée

691±31

936±5

1 972±16

721±20

Moyenne pondérée

689±16

937±16

1964±20

724±20

Valeur du Khi2

(2 degrés de liberté)

6.4

0.1

1.3

2.4

Niveau de significativité

5%

90%

50%

30%

 

Le niveau de significativité est la probabilité que la différence des dates moyennes entre les laboratoires soit due au seules marges d'erreurs statistiques des mesures de chaque laboratoire.

 

« A première vue il apparaît que l’accord entre les 3 laboratoires pour les échantillons 2, 3 et 4 ( les échantillons de contrôle, NdT ), est exceptionnellement bon. La dispersion des mesures de l’échantillon 1 (le Suaire, NdT ) est quelque peu supérieure à ce que l’on pouvait attendre à partir des incertitudes rapportées. Pour établir si la différence entre les moyennes des 3 laboratoires pouvait être en rapport avec les marges d’erreur rapportées (c'est-à-dire l’incertitude statistique autour des moyennes de chaque laboratoire, NdT ), un test du Khi2 fut appliqué à chaque échantillon suivant la procédure recommandée par Ward et Wilson. Le résultat de ce test (soit 6.4 = 5 %, NdT ), donné dans la table, montre qu’il est peu probable, pour l’échantillon 1, que les marges d’erreur rapportées expliquent totalement la dispersion globale.»

 

En d'autres termes, il n'y a que 5% de chances pour que les différences entre laboratoires s'expliquent uniquement par les fluctuations statistiques.

 

- Conclusion :

 

Les auteurs font ensuite les calculs qui permettent d’arriver à la conclusion que « le lin du Suaire peut être daté entre 1260 et 1390 (arrondi à ± 10 ans) avec un intervalle de confiance de 95%. Ces résultats apportent la preuve définitive que le lin du Suaire de Turin est médiéval.

Les résultats des mesures par le radiocarbone des 3 laboratoires sur 4 échantillons, un total de 12 séries de données, montre qu’aucune des mesures ne diffère de la moyenne appropriée de plus de 2 déviations standard. Les résultats des 3 échantillons contrôle sont en accord avec les précédentes mesures par le radiocarbone et/ou les données historiques. »

 

 

LA METHODE UTILISEE EST FIABLE :

 

L’article de Jacques Evin, spécialiste reconnu du radiocarbone, montre que les résultats peuvent être considérés comme fiables :

 

1) La mesure a été soigneusement préparée : 

 

 - On a attendu que la méthode par spectrométrie de masse de mesure du radiocarbone soit très sûre avant de l’utiliser sur le Suaire

 - On a préféré donner des échantillons entiers aux laboratoires de mesure plutôt que des fibres pour permettre une purification plus efficace

 - On a mesuré dans les mêmes conditions 3 échantillons de contrôle, ce qui est un « luxe » de précaution inhabituel.

 

2) La mesure de la teneur en radiocarbone a été très soigneusement effectuée.

 

3) La teneur en Radiocarbone est significative d’un âge c'est-à-dire qu’elle remplit les 4 conditions permettant la transformation des mesures brutes en âge calendaire, à savoir :

 

- Une formation normale de la matière carbonée : le rapport des isotopes du carbone C13/C14, dans le cas du linceul est parfaitement conforme à ce qui a toujours été mesuré : « on est donc certain que la formation de ces quatre tissus n’a eu aucune anomalie et que leur teneur originelle en C14 est directement en rapport à celle de l’atmosphère de l’époque de formation. »

 

 - Une teneur originelle en C14 connue : ces teneurs sont parfaitement connues pour le XIIIème-XIVème siècle, comme pour le premier siècle.

 

 - Une variation du C14 uniquement par la radioactivité.

 

 - Une élimination totale des pollutions carbonées :

« Enfin, et c’est le point le plus important à souligner car c’est la source possible de beaucoup d’erreurs en datation, il faut que le carbone dont on a mesuré la teneur en C14 résiduelle soit uniquement du carbone présent à l’origine dans le matériel daté. Tout carbone arrivé ultérieurement, c'est-à-dire un carbone dit « de pollution » doit avoir été éliminé avant la mesure ».

Pour l’auteur toutes les procédures d’élimination des pollutions carbonées adaptées au nettoyage des tissus ont été employées.

J.Evin ajoute même que :

« Par surcroît de précaution ils ont même effectué plusieurs mesures de teneur en radiocarbone avant, pendant et après ces opérations de purification afin de détecter la présence d'une pollution (...) les dates obtenues sur toutes les fractions mesurées sont toutes identiques, ce qui n'aurait pas été le cas si on avait la présence de carbone de plusieurs origines. C'est ce type de considération qui, aux yeux des spécialistes, est l'argument le plus fort pour la fiabilité des résultats. »

 

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