CARBONE 14 (4) : L'HYPOTHESE DU PATCH MEDIEVAL

 

Nous venons de montrer que la zone datée en 1988 par le radiocarbone n’était probablement pas représentative du reste du suaire et qu’il existait une possibilité qu’elle ait subi des réparations importantes, probablement au Moyen-Age.

Deux auteurs, Joseph G. Marino et M. Sue Benford se sont attachés à en faire la démonstration dans 3 publications.

Leur théorie se résume ainsi : « (…), le suaire a été littéralement « patché » avec du matériel médiéval du 16ème siècle, dans l’échantillon C14 lui-même, expliquant ainsi les résultats médiévaux de la datation au C14. » (Pour mémoire : années 1260-1390)

 

 

SOURCES :

PLAN DE LA PAGE :

  1. CONCLUSION DU CHAPITRE CARBONE 14 (mise à jour au 21/01/2005 )


 

DONNEES ET HYPOTHESE :

 

 

1) Hypothèse :

 

Un patch du 16ème siècle aurait été adroitement tissé en continuité avec le tissu original du 1er siècle à des fins de réparation d'une zone endommagée et la datation au carbone 14 aurait mesuré le mélange des 2 : le patch et le tissu original.


 

2) Données à l’appui de cette hypothèse :

 

- Il existerait une relation étroite entre la localisation des échantillons et l’âge radiocarbone :

 

reprenant un article de Walsh, ils notent que celui-ci avait trouvé une relation linéaire entre la distance, par rapport au coin du tissu, de chacun des échantillons des 3 laboratoires et leurs résultats respectifs.

 

 

 

 

- anomalies sur les microphotographies :

 

Les auteurs signalent ensuite quelques anomalies dans la zone des prélèvements C14 illustrées par des photos. La plus notable de ces anomalies est l’existence d’une discrète couture adjacente à la zone supposée être le patch du 16ème siècle.

 

 

 

 

- anomalies trouvées par des experts en textiles :

 

Les auteurs ont fait procéder à 3 examens « en aveugle » à 3 experts différents :

 

- Sur une photographie de l’échantillon Zurich, l’expert observe : « nous pouvons voir clairement le modèle de sergé des 2 côtés, mais il y a quelque chose de différent à gauche par rapport à la droite ».

- Sur 2 photographies de l’échantillon Zurich et de l’échantillon C14 non coupé, l’expert « reconnu immédiatement une disparité dans le modèle de tissage et des différences dans la taille des fils ». Selon l’expert : « il est évident qu’il y a du matériel différent de chaque côté. C’est définitivement un patch ».

- Enfin, sur une analyse de l’échantillon Zurich, le 3ème expert remarqua que « sur la partie droite le modèle était du type épais/fin, fin/épais, tandis que la partie gauche était beaucoup plus homogène ».

 

 

 

 

- Les travaux de Rogers (Voir chapitre précédent) qui démontrent le caractère atypique de l’échantillon adjacent étudié par Raës en 1973 et les anomalies spectroscopiques sur les photographies prises en 1978 de la zone qui sera retirée pour la datation de 1988 au radiocarbone. Selon les auteurs le patch du 16ème siècle inclurait aussi l’échantillon Raës.

 

- Les calculs de la quantité nécessaire de patch :

 

Sur la base des estimations visuelles des experts en textile (à partir des modifications dans la trame et la taille des fils), les auteurs font l'hypothèse que l'échantillon C14 était formé d'environ 60 % de fibres du 16 ème siècle (le "patch") et 40% de fibres supposées du 1er siècle.

 

 

 

Ils demandent alors à un expert de Beta-Analytic (la société produisant le plus grand nombre de dates radiocarbone au monde) de calculer les quantités respectives (en masse) de radiocarbone du 1er siècle et du 16ème siècle pour parvenir à une date moyenne de 1210 (moyenne d’Oxford).

 

Les résultats obtenus sont de : environ 67% de radiocarbone daté 1500 et 33% de radiocarbone daté de 75 après J.C, pour obtenir un âge moyen de 1210 après J.C.

Ceci est proche des 60/40 prévus d’après les estimations visuelles des experts cités plus haut.

 

- Possibilité d’un patch « invisible » au 16 ème siècle :

 

Enfin et surtout, les auteurs ont pu démontrer la faisabilité de la mise en place d’un « patch » au sein d’un autre tissu de façon telle que cette réparation soit quasi-invisible. De l’avis de plusieurs experts en histoire de la tapisserie, ces techniques, utilisées encore de nos jours, étaient connues et utilisées au 16ème siècle pour réparer des tapisseries de grande valeur. Les cours royales avaient des maîtres-tapissiers chargés de cette tâche. Les deux techniques utilisées étaient le « French Weave » et l’ « Inweaving ».

 

Dans le French Weave, utilisé pour des réparations de petite taille, des fils individuels étaient extraits de partie cachée du tissu, le motif du tissu à réparer était reproduit tout en refermant le trou.

L’Inweaving, utilisé pour des réparations de plus grande taille consistait à prendre un « patch » d’une partie invisible, à le placer sur la partie à réparer, et à mêler étroitement les fibres frangées du pourtour du patch aux fibres du tissu originel.

 

Dans les 2 cas les réparations, lorsqu’elles sont de qualité, sont invisibles.

Les auteurs citent de nombreux experts qui confirment l’utilisation au XVI ème siècle de ces techniques.

 

  Une discussion plus approfondie de ce sujet peut être trouvée ici 

 

 

 

Conclusion des auteurs: « Une théorie acceptable expliquant la datation 1260-1390 doit expliquer la différence précise, angulaire, statistiquement déterminée des dates des 3 laboratoires en fonction de la localisation des échantillons. Les théories traditionnelles de radiation ionisante générale, d'effets thermiques ou de couche de matériel biologique sont incapables d'expliquer ces pré requis, puisqu'ils supposent que le suaire est tout entier médiéval. Notre théorie, qu'une portion significative de l'échantillon C14 est constituée d'un patch du 16ème siècle répond à ces pré requis pour expliquer les résultats obtenus par les laboratoires. »

 

 

DISCUSSION :

 

Des critiques ont été émises envers cette théorie mais il n’a pas été possible de remonter directement à leur source.

Cependant Benson et Marino reprennent eux-mêmes une partie de ces critiques dans leur 2ème article.

 

Les principales critiques sont :

 

- l’hypothèse présentée est essentiellement « subjective », non mesurable et indémontrable.

- l’hypothèse présentée suppose que les échantillons ont été combinés, homogénéisés pour les mesures radiocarbone alors qu’au contraire ils ont été découpés en sous-échantillon, chacun daté indépendamment.

- le prélèvement de 1988 a été fait sous contrôle d’experts en textile qui ont enlevé les parties douteuses et affirment que l’échantillon daté avait les mêmes caractéristiques que le reste du linceul.

De fait la théorie du patch, telle qu’elle est présentée par les auteurs n’emporte pas totalement la conviction :

 1) la courbe présentée par Walsh montrant une relation entre la datation radiocarbone et la localisation de l’échantillon de chaque laboratoire est, de l’avis-même de Walsh, seulement indicative mais pas formelle : il aurait fallu beaucoup plus de données pour qu’elle soit une preuve irréfutable.

 

2)  L’hypothèse présentée d'une relation entre la localisation d'un échantillon et son âge radiocarbone ne se comprendrait que s’il y avait eu homogénéisation des sous-échantillons de chaque échantillon des laboratoires, or ceci est faux : chaque laboratoire a reçu un échantillon qu’il a découpé en 3 ou 4 sous-échantillons, chacun daté séparément à plusieurs reprises.

 En l’absence d’information sur la façon dont ont été découpés les sous-échantillons et leur localisation il est effectivement impossible d’en tirer une quelconque conclusion.

A cette critique les auteurs répondent que les techniques de réparation « invisible » utilisées impliquent un mélange des fibres du tissu originel supposé du 1er siècle et du patch supposé du 16ème siècle : le radiocarbone aurait alors mesuré ce mélange. 

 

En voulant à tout prix voir une corrélation étroite entre l'angle de la courbe de Walsh et l'angle formé par la limite entre le tissu originel et ce qu'ils pensent être le patch du 15ème siècle, Benford et Marino fragilisent leur point de vue.

Si patch il y a, il semble beaucoup plus logique de considérer qu'il s'agit plutôt de réparations voire d'un re-tissage (reweaving) par insertion, fil à fil, de fils du 16ème siècle au sein des fils du tissu originel du linceul, supposé du 1er siècle dans cette hypothèse.

 

 

 

Maria Grazia Siliato, dans son livre cité dans les sources, explique : « Outre les réparations, de larges zones furent renforcées ou même reconstruites à l'aide d'une technique exigeant de la patience et une grande délicatesse, celle du " raccommodage à perte, invisible ", qui consiste en des fils que l'on insère entre ceux de la trame et de la chaîne, coupés à chaque extrémité, sans noeud, et qui se " perdent " dans le tissu existant. »

 

Si la proportion de chaque type de fil dans chaque échantillon est en gros la même, le résultat est homogène et correspond à la date donnée par le radiocarbone, quelle que soit la façon dont ont été découpés les sous-échantillons par les laboratoires.

Ceci n'interdit pas une légère différence statistiquement significative entre les laboratoires comme on l'a vu dans le chapitre 2, traduisant une légère différence entre les proportions des fils des deux origines.

 

3) En revanche il apparaît indéniable, au vu des affirmations présentées par les experts interrogés par les auteurs que des techniques de réparation « invisible » étaient connues et utilisées au 16ème siècle et qu’elles sont réellement invisibles, parfois même pour les experts en question. De telles réparations auraient-elles pu passer inaperçu des experts ayant supervisé le prélèvement de 1988 ?  Cela n’est pas impossible. 

 

 

CONCLUSION :

 

La théorie du patch médiéval, telle qu'elle est présentée et argumentée par Benford et Marino se heurte à des difficultés.

Ceci ne remet pas du tout en cause la possibilité d’une réparation dans la zone C14, compte tenu des nombreux autres arguments développés dans le chapitre précédent et qui la rendent très probable.

Dans ce cas, la réparation aurait plus probablement pris la forme d’un ajout invisible de fils du

16 ème siècle au sein du tissu originel abîmé, aboutissant à un vrai mélange plutôt qu’un patch médiéval au sens de Benford et Marino.

 

Plus intéressantes et convaincantes sont les données techniques et historiques montrant la faisabilité de réparations « invisibles » au 16ème siècle, qui auraient alors pu échapper aux experts présents lors des prélèvements pour la datation radiocarbone de 1988.

En effet, selon les auteurs,  Jacques Evin, expert en radiocarbone ayant participé au prélèvement en 88 reconnaissait en 1989 : « je reconnais que les laboratoires n’ont pas pris en compte les techniques de tissage … ».

 

 


 

CONCLUSION DU CHAPITRE CARBONE 14 : 

 

La datation par le carbone 14 attribuant en 1988 un âge médiéval au suaire de Turin (1260-1390) apparaît de plus en plus comme sujette à caution, non pas dans sa technique ou sa validité, mais simplement parce que l’échantillon daté n’est pas représentatif de l’ensemble du suaire.

Ceci ressort très clairement des données de Rogers (voir chapitre précédent).

De plus ces mêmes données apportent des indices convergents en faveur de l'existence de réparations tardives dans cette même zone.

 

Si des études préalables (spectrométriques, chimiques, textiles etc.) avaient été effectuées avant de décider quel partie du suaire serait prélevée, nul doute que l’on n’aurait pas choisi ce site, connu pour avoir été manipulé au cours des siècles.

 

 

MISE A JOUR AU 26/01/2005 :

 

La preuve définitive de la validité de la conclusion ci-dessus vient d'être apportée par Rogers sur des fibres provenant du centre-même de l'échantillon radiocarbone : sa publication (voir : Dernières Nouvelles) confirme que la zone carbone 14 ne fait pas partie du suaire originel et est beaucoup plus récente.

 

A partir des données suivantes maintenant irréfutables :

 

- L'échantillon Raes et l'échantillon découpé pour la radiodatation de 1988 ont les mêmes propriétés et la même provenance (nous l'appellerons la zone radiocarbone par commodité).

- L'âge moyen de cette zone est celui de la datation radiocarbone : 1260-1390.

- Elle contient (et elle seule sur le suaire) du coton introduit en Europe en 1350 environ.

- Elle est recouverte (et elle seule sur le suaire) d'une couche de teinture utilisée en Europe après 1290 seulement.

 

Deux hypothèses simples sont compatibles avec ces faits :

 

- soit il s'agit d'un patch c'est à dire une pièce de tissu unique adroitement cousue au linceul, fabriquée entre 1350 et 1390 environ (présence de coton), puis recouverte de teinture pour homogénéiser sa couleur avec celle du suaire.

 

- soit il s'agit d'une zone du suaire très abimée dans laquelle on a introduit au 16ème siècle (époque où les techniques de réparation invisible étaient parfaitement maîtrisées) des fils de lin et de coton, probablement par la technique du raccommodage à perte ou invisible, pour aboutir à un mélange à peu près homogène, avant de recouvrir la zone de la teinture.

Dans cette hypothèse, si le suaire date du 1er siècle, alors une proportion de 2/3 de fils du 16 ème siècle et 1/3 de fils du suaire donnerait effectivement la date radiocarbone.

 

A ce jour, nous ne pouvons trancher mais la 2 ème hypothèse semble la plus probable.

Bien entendu, d'autres scénarios plus complexes (plusieurs réparations etc.) ne sont pas exclus.

 

Quoi qu'il en soit le carbone 14 de 1988 a daté un échantillon qui est étranger au suaire originel et n'a donc définitivement aucune valeur pour dater le suaire.

 

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