LES TACHES DE "SANG"

LA CONTROVERSE MAC CRONE ET L'HYPOTHESE DE LA PEINTURE

 

Le suaire présente des taches de couleur rouge ressemblant à des taches de sang par leur aspect et leur localisation par rapport au corps.

D'un point de vue "médical" ces taches sont quasi-unanimement reconnues depuis longtemps comme extrêmement réalistes.

 

Les question que nous allons étudier en détail sont celles-ci :

  • ces taches de "sang" sont elles bien du sang ?
  • l'image peut-elle être une peinture médiévale ?

En effet ces 2 questions sont en partie liées au cours de l'histoire de l'étude du suaire.

 

 

PLAN DE LA PAGE :

 

SOURCES :

 


 

INTRODUCTION

 

Les principaux scientifiques qui étudièrent les taches de sang furent :

 

- d'une part Heller et Adler (H et A dans la suite du texte) qui publièrent leurs découvertes dans plusieurs revues scientifiques et représentent le point de vue officiel du STURP.

Ils conclurent que le sang est vraiment du sang;

 

- d'autre part Mac Crone (MC dans la suite du texte) et ses collaborateurs, dont les travaux ne furent pas acceptés par le STURP, et qui publia essentiellement dans la revue de son institut de recherche Microscope. Il entra en conflit violent avec ses contradicteurs du STURP, allant jusqu'à les accuser de fraude et fut exclu, essentiellement pour non respect des protocoles du STURP.

 

En résumé, MC affirme que :

 

- l'image dans sa totalité  ( image + taches de « sang » ) est une peinture d'ocre rouge, à base de cristaux d'oxyde de fer (Fe2O3) dans un liant protéique (probablement de la gélatine, à base de collagène).

- ce liant de gélatine, vieilli, est la cause de la coloration jaune des fibres de la zone image.

- Cette peinture est rehaussée dans les zones "sang" par du vermillon (sulfure de mercure, HgS) qu’il ne retrouve que dans les taches de sang et pas dans le reste de l’image.

 

 

NOTIONS PREALABLES :

 

Pour comprendre ce qui suit, il faut avoir en tête les notions suivantes :

 

- le sang est constitué d'une part de cellules (globules rouges et blancs, plaquettes), d'autre part du sérum : solution d'eau salée dans laquelle se trouvent de nombreuses protéines.

La coagulation du sang aboutit à la formation d'un caillot, amas cellulaire emprisonné dans un "filet" protéique se rétractant progressivement et relarguant l'excès de sérum.

 

- les globules rouges contiennent l'hémoglobine qui donne au sang sa couleur et qui est constituée de :

  • une protéine : la globine
  • une molécule d'hème qui fait partie de la famille des porphyrines, caractérisée par la présence d'un noyau métallique en son centre. Dans le cas de l'hémoglobine, ce noyau est du fer. Les porphyrines sont présentes chez les animaux et les végétaux (la chlorophylle est une porphyrine dont le noyau central est du magnésium).

- La question du fer est donc essentielle dans ce débat : le fer peut se présenter sous différentes formes :

  • le fer fixé sur la cellulose
  • l'hématite (Fe2O3), oxyde de fer, constituant du pigment ocre rouge utilisé dans les peintures
  • le fer lié à l'hème de l'hémoglobine.

  

OBSERVATIONS INITIALES DU STURP (1978) :

 

 

a) Etude macroscopique et au microscope à faible grossissement (50 fois) :

 

Les taches de couleur rouge-brun du sang sont très différentes de l'image :

 

- elles sont en « positif », comme un décalque sur le suaire, alors que l’image est en « négatif ».

- au niveau macroscopique, l'image non-sang est monochrome (jaune sépia), les taches de sang vont de l'orangé au brun foncé en passant par le rouge.

- au niveau des taches, les fibres colorées sont comme collées entre elles par un liquide visqueux qui aurait pénétré en profondeur ; le "sang" a traversé par endroit toute l'épaisseur du linceul, comme l'a montré l'observation directe par endoscopie de la face jusque là inaccessible (cousue à la toile de Hollande) de 1978. Les fibres colorées de l'image non-sang sont au contraire extrêmement superficielles.

- contrairement aux zones image non-sang, le microscope décèle la présence d'amas de matière allant du rouge-orange au jaune-orange entre les fibres.

- la coloration des fibres elles-mêmes dans les zones sang (jaune orangé) est nettement différente de celle des fibres de l'image non-sang (jaune translucide)

 

 

 

b) Spectrophotométrie

 

De nombreuses analyses des spectres de réflectance furent effectuées sur différentes zones du suaire. Elles permirent de conclure que l'on ne pouvait observer aucune signature spectrale caractéristiques des pigments et teintures courantes.

 

 

c) Fluorescence UV :

 

Comme nous l'avons vu aucune de ces méthodes ne décèle sur le suaire la présence de molécules utilisées dans les pigments, en dehors du fer.

 

Ceci est vrai aussi des taches de sang :

- les taches de sang réfléchissent moins la lumière que l'image et ne sont pas fluorescentes, ce qui est attendu s'il s'agit bien de sang

- on détecte autour de certaines taches de sang, la présence d'un halo fluorescent à limite nette. Ceci pourrait correspondre à un exsudat de sérum formé lors de la rétraction du caillot: le sérum sanguin est en effet légèrement fluorescent.

 

La fluorescence UV permet de tester l'affirmation de MC selon laquelle le liant de peinture serait du collagène qui contient des acides aminés fluorescents.

L'absence de fluorescence de la zone image va contre cette hypothèse, mais on a pu objecter que le vieillissement du collagène ou l'effet de l'incendie de 1532 ont pu entraîner ce résultat.

Cependant Heller fait remarquer que la couleur jaune des fibres, s'il s'agit de collagène, traduit la présence d'acides aminés aromatiques qui devraient entraîner la fluorescence.

D'autre part Miller a testé une bible du 13ème-14ème siècle contenant du collagène et a pu observer la persistance d'une fluorescence malgré l'âge très ancien.

 

En résumé, l'absence de fluorescence UV de la zone image traduit très probablement l'absence de collagène nécessaire à la théorie de MC.

 

d) La Fluorescence aux rayons X et la question du Fer :

 

Rappelons que cette méthode est très sensible dans la détection des métaux, dont le fer.

Elle ne peut cependant pas différencier entre les formes sous lesquelles il se présente : fer de l'hémoglobine, oxyde de fer naturel, oxyde de fer des pigments comme l'hématite.

 

- Le fer est décelé en faible quantité sur le fond du suaire de façon à peu près homogène.Il proviendrait de l'eau du rouissage, utilisée dans le processus de fabrication du tissu.

- Le fer est décelé en haute concentration (20 à 40 microgr./cm2) dans les taches de sang, ce qui est considéré généralement comme compatible avec les quantités de fer présentes dans le sang.

- En dehors des taches de sang et dans les limites de détection de l'appareil, il n'y a pas en général d'accumulation de fer dans l'image (il a été estimé que l'appareil pouvait déceler des différences de concentration de 5 microgrammes/cm2). Les seules exceptions concernent la région des pieds (tache d'eau dans une zone non-image) et la région du visage (image), où l'on observe une discrète accumulation statistiquement significative de fer par rapport au fond du suaire.

 

- La question des seuils de détection est critique pour une théorie de la peinture à base d'oxyde de fer comme celle de MC : pour que l'image puisse être rapportée à une telle peinture, il est nécessaire (mais non suffisant) que :

  • la quantité de fer donne une coloration visible par l'oeil humain. Cette quantité minimale nécessaire a été estimée indépendamment par Morris et al. et Pellicori à environ 2 microgr.Fe/cm2. MC parle de 3 microgr.Fe/cm2.
  • il existe une corrélation étroite entre la densité de l'image et la quantité de fer : à l'aide d'un spectromètre de précision de 2,5 microgr.Fe/cm2, Morris et al. étudièrent une zone du visage présentant de fortes variations d'intensité de densité de l'image.

    La fluorescence X ne décela aucune variation significative de la densité de fer dans cette zone. Bien que la précision de l'appareil soit "limite" pour déceler les très petites variations de fer décelables par l'oeil humain et donc susceptibles de jouer un rôle dans l'image, il est peu probable, si elles existent, qu'elles puissent expliquer de telles différences de coloration.

- le calcium et le strontium sont détectés par fluorescence X de façon diffuse, probablement en rapport avec le rouissage du lin.

- le potassium, constituant du sang, ne fut par retrouvé par cette technique dans les taches de sang. Ceci est, pour MC, un argument important contre la présence de sang. Cependant, dans le sang entier, le pic de potassium est 10 fois plus faible que le pic de fer et de plus, hautement soluble il a pu être dispersé par l'humidité. D'autre part du potassium sera décelé par les méthodes microchimiques.

L'absence de potassium décelable en fluorescence X traduit seulement une limite de cette technique.

 

  

 

Pour le lecteur pressé, aller directement au récapitulatif

 

 

 

 

ANALYSES MICROCHIMIQUES :

 

Il s'agit là des analyses effectuées sur les prélèvements de surface de 1978 grâce à des rubans adhésifs spéciaux. Parmi ces prélèvements certains concernaient les zones tachées de sang. Ces échantillons, contenant chacun plusieurs centaines de fibres furent d'abord confiés à MC avant d'être, non sans difficulté, données à H et A.

 

a) Tests chimiques standard de détection du sang en médecine légale (MacCrone) :

 

- selon MC : " j'ai utilisé les tests standard de détection du sang. Je n'en ai pas trouvé. Il n'y a pas de sang sur le suaire".

Ailleurs il précise ces tests, couramment utilisés en médecine légale : benzidine, luminol, Teichman, phénolphtaléine et acide sulfurique sous fluorescence UV.

 

- selon H et A : les résultats négatifs de MC sont sans signification. En effet, pour être utilisables, le sang doit d'abord être mis en solution, par divers procédés chimiques.

En 1973, une équipe italienne avait recherché sans succès la présence de sang sur les taches du suaire en utilisant le même type de tests. Or le rapport sur ces tests établi que "les incrustations colorées ne passaient pas en solution dans les solvants, acides et alcalins utilisés".

MC ne semble pas avoir vu le problème puisqu'il écrit, à propos des travaux de cette équipe "qu'ils ne pouvaient pas être mis en défaut".

H et A, compte tenu de la grande difficulté à solubiliser ce matériel et aussi du manque de spécificité de ces tests, conclurent qu'ils étaient sans valeur dans le cas du linceul et cherchèrent à élaborer des tests spécifiques permettant de contourner ce problème.

 

b) Recherche de porphyrine (H et A) :

 

Comme nous l'avons vu l'hème de l'hémoglobine est une porphyrine.

 

- test à l'hydrazine+acide formique :

 

Ce test fut mis au point par H et A sur du lin espagnol vieux de 3 siècles et imprégné de sang deux ans auparavant. Il se révéla à la fois sensible et spécifique de la porphyrine, sans pouvoir caractériser davantage celle-ci.

L'hydrazine réduit le fer qui est ensuite déplacé par l'acide formique.

L'illumination sous UV produit une fluorescence rouge caractéristique.

Le test se révéla positif sur toutes les fibres rouges testées.

 

- microspectrophotométrie :

 

Cette technique consiste à éclairer un échantillon sous différentes longueurs d'onde et à mesurer l'absorption pour chaque longueur d'onde, permettant d'obtenir un spectre.

La présence d'une molécule donnée se traduit par un pic dans le spectre. Le sang ne possède pas de "signature" spectrale unique car le résultat dépend de nombreux paramètres (état chimique de l'hémoglobine, son état d'agrégation etc.).

 

En revanche, la porphyrine de l'hémoglobine donne une bande caractéristique, dite bande de Soret à 410 nm. Selon Heller cette bande est totalement spécifique de la porphyrine. Le résultat fut positif aussi bien sur une grosse particule rouge extraite d'un échantillon que sur une fibre entière. Ce résultat fut confirmé ensuite sur toutes les fibrilles rouges testées.

 

Les taches de "sang" contiennent de la porphyrine, comme l'hémoglobine, sans que le type précis de porphyrine ait pu être caractérisé.

 

c) Recherche des protéines (H et A et MC) :

 

La mise en évidence et la caractérisation de protéines est importante.

Le sang contient des protéines (albumine, globulines diverses) dans le sérum et les caillots. Certains liants de peinture contiennent aussi des protéines, comme la gélatine à base de collagène (protéine de soutien des tissus conjonctifs animaux). MC affirme que l'image est une peinture à base de liant protéique "probablement du collagène".

 

- Test au noir amido (MC) :

 

Ce test est classiquement utilisé pour la détection des protéines.

 

MC affirma la positivité de ce test sur les échantillons 3CB et 1AB, concluant ainsi à la présence de son liant protéique probablement à base de collagène.

En fait, cette affirmation fut facilement contredite sur les arguments suivants  :

  • les échantillons testés par MC appartiennent à des zones contenant des taches de sang
  • ce test est peu spécifique sur la cellulose et donne des faux positifs. Il est en fait adapté aux surfaces imperméables de peintures et pas du tout aux surfaces poreuses comme le lin.

- Test à l’hydrazine (H et A / MC ?) :

 

L’hydrazine dissout les protéines des particules de sang et donne une réaction colorée spécifique dite hémochromagène. Il ne dissout pas l'oxyde de fer.

 

H et A récoltèrent des particules rouges et observèrent effectivement leur dissolution et l'apparition de la couleur hémochromagène typique.

Après dissolution, il ne reste aucune particule : les particules contiennent des protéines et ne contiennent pas de cristaux d’oxyde de fer.

 

MC se contente d'affirmer, sans précision, que l'hydrazine ne dissout pas les particules.

 

- Test à la fluorescamine (H et A) :

 

Après avoir testé un grand nombre de réactifs pour leur sensibilité et leur spécificité, H et A choisirent la fluorescamine (sensibilité de l'ordre du nanogramme : milliardième de gramme !)

 

Ils testèrent de très nombreuses fibres provenant des zones sang, des halos de supposé sérum entourant certaines taches de sang, des fibres de la zone image non-sang et divers contrôles.

Leurs résultats furent sans ambiguité : ils ne purent déceler de protéine par cette technique

que dans les zones sang et sérum (augmentant ainsi la probabilité qu'il s'agit bien de sérum), et démontrèrent son absence dans les fibres de la zone image non-sang.

 

Compte tenu de sa très forte sensibilité, ce test élimine définitivement la possibilité de la présence d'un liant protéique (et donc de peinture de ce type) à l'origine de l'image (non-sang) comme l'affirme MC.

 

 - Test au vert de Bromocrésol (H et A) :

 

Ce test est spécifique de l'albumine, principale protéine du sang.

Il se révéla positif dans les gros amas orangés mais aussi dans les fibres provenant du "halo" décelable par fluorescence UV autour de certaines taches de sang confirmant ainsi qu'il s'agissait bien de sérum. Les constituants du sang autres que l'hémoglobine sont bien présents.

 

 - Tests aux protéases (H et A) :

 

Ces enzymes sont des molécules d'origine biologique capables de dissoudre les protéines.

 

- H et A démontrèrent qu'une solution contenant ces enzymes était capable de dissoudre totalement en 30 minutes, sans laisser de résidu, les particules rouges non biréfringentes recouvrant les fibrilles des zones sang, mais aussi les autres globules orangés.

 

- En revanche les particules biréfringentes extraites des cernes d'eau n'étaient pas dissoutes par ces enzymes, démontrant ainsi définitivement qu'elles étaient d'une nature différente de celles trouvées dans les zones sang : c’est l’oxyde de fer découvert dans les cernes d’eau (voir plus bas).

  

- Un élément essentiel fut découvert à ce moment là : après dissolution des taches de sang, les fibres sous-jacentes sont incolores c'est à dire qu'elles n'ont pas la coloration jaune des fibres de la zone image. On peut en déduire que l'image s'est formée après l'imprégnation du tissu par le sang et que celui-ci a empêché la formation de l'image là où il était présent.

 

d) Détection de bilirubine (H et A) :

 La bilirubine est un produit de dégradation de l'hémoglobine.

 

Elle est normalement présente en très faible quantité dans le sang, mais son taux augmente considérablement dans certaines conditions comme de violents traumatismes répétés avant la mort.

 

H et A décelèrent des fibres et des particules ayant une coloration brun/vert olive et suspectèrent la présence de bilirubine.

 

- Utilisant un réactif spécifique, ils obtinrent de l'azobilirubine de couleur bleue caractéristique. En rajoutant de l’acide, ils obtinrent une couleur violet pâle caractéristique, ce qui renforce encore la probabilité de la présence de bilirubine. Ce test démontrant la présence de bilirubine fut positif aussi sur les globules orangés et sur les fibrilles rouges orangées partout où elles se trouvaient.

 

- La présence de bilirubine permettrait d’expliquer la coloration trop rouge du sang, anomalie décelée depuis longtemps et argument des sceptiques : le sang vieilli est en effet plus brun que rouge.

La bilirubine (jaune orangée) associée à la méthémoglobine (brun rouge) pourrait expliquer la couleur rouge vif de certaines taches de sang du suaire.

 

e) Détection de méthémoglobine (H et A) :

 

- Nous avons vu plus haut que la signature du sang en microspectrophotométrie n'était pas unique mais dépendait de son  état chimique etc. (cf. microphotospectrométrie).

H et A affirmèrent avec prudence que le spectre des fibrilles était "indicatif" de la méthémoglobine dénaturée et oxydée, qui est la forme d'hémoglobine à laquelle on peut s'attendre pour du sang vieux d'au moins 6 siècles. Ce résultat fut confirmé par un spécialiste de l'hémoglobine sous toutes ses formes, Bruce Cameron.

 

- H et A effectuèrent un autre test plus spécifique utilisant une solution cyanhydrique neutralisée qui réagit avec la méthémoglobine brune pour former de la cyanméthémoglobine rouge.

Toutes les fibres sang testées donnèrent cette réaction confirmant la présence de méthémoglobine, hémoglobine dénaturée dans les taches de sang.

 

 

 

LA CONTROVERSE AVEC MC CRONE :

 

Tout semble bien indiquer que les taches de sang sont bien du sang.

En réalité H et A pratiquèrent et développèrent leur tests dans le cadre d'une polémique, parfois violente, avec MC qui affirma et continua d'affirmer jusqu'à sa mort que l'image et le sang du suaire étaient une peinture.

C'est ce chapitre que nous allons voir maintenant avant d'essayer de conclure.

 

Mac Crone (MC), consultant du STURP, fut le premier à pouvoir examiner les 32 échantillons prélevés sur le suaire en 1978.

Spécialiste mondialement réputé du microscope à lumière polarisée, ses nombreux travaux portèrent essentiellement sur l'apport de sa technique à la médecine légale et l'expertise artistique ou d'objets historiques. Il fut le fondateur d'un institut indépendant qui porte son nom. 

Ses découvertes sur le suaire furent publiées dans le journal de son institut : Microscope sur le site duquel on trouve une page Web résumant l'état final de ses recherches.

 

Heller, de formation médicale, travailla comme biophysicien au New England Institute for Medical Research, spécialisé dans les recherches en biologie, physique et chimie.

Adler, professeur, était spécialisé en chimie physique et thermodynamique.

Leurs papiers furent en général publiés dans des revues scientifiques de haut niveau à comité de lecture ("peer-review") ce qui garantit le sérieux des recherches.

 

  

a)  les particules :

 

- selon MC :

 

- L’étude des particules au microscope à lumière polarisée est à la base même de l’affirmation de MC que l’image du suaire est une peinture. Les autres méthodes utilisées ultérieurement par lui-même ou ses collaborateurs ne viennent que par surcroît, pour valider sa méthode et ses conclusions.

 

- Localisation des particules : MC affirme que les particules rouges ne sont retrouvées que dans la zone image et, en plus grand nombre, dans les zones sang et qu'aucune particule n'est décelée dans les zones contrôle (non-image, non sang).

Les particules sont en général  intimement liées à la surface des fibres et parfois regroupées en aggrégats, en particulier dans les zones "sang".

 

- Aspect des particules :

  • Dans son premier article de 1980 MC décrit le « matériel » (les particules) comme "identique dans son apparence et ses propriétés (couleur, pléiochromie, forme, taille, caractéristiques cristallines, indices de réfraction et biréfringence) aux particules d'oxyde de fer hydratées et non hydratées (…)". Parmi ces différents  termes techniques la biréfringence caractérise les molécules "anisotropes", comme l'oxyde de fer, alors que le sang est « isotrope » et non biréfringent.

  • En 1996 l'affirmation de MC est pour le moins différente : "les particules sont isotropes, par conséquent elles ne sont pas de l'hématite (oxyde de fer) pure mais elle ressemblent à de l'ocre rouge en taille, forme et couleur". Si elles sont isotropes, alors elles ne peuvent pas être biréfringentes comme il l'affirmait 16 ans plus tôt. De même les autres propriétés (pléiochromie, indice de réfraction etc.) ne sont plus mentionnées…

  • Dans l'article de 1998 cité dans les sources, on peut lire : " les particules rouges sont retrouvées sur les fibres de toutes les bandes adhésives provenant des zones image et présentent des degrés d'hydratation, de coloration et d'indices de réfraction (de 2.5 à 3.01) variés. Ces propriétés sont caractéristiques (...) de l'ocre rouge. (...). Les particules ayant l'indice de réfraction le plus élevé sont de l'hématite (NdT : oxyde de fer hydraté) hydraté, de structure cristalline, hautement biréfringente. Une proportion significative de l'ocre rouge du suaire est de l'hématite. La composition de l'ocre rouge du suaire fut confirmée par microsonde électronique et diffraction aux rayons X (XRD). Les données XRD furent obtenues sur une seule particule rouge pesant moins de 1 nanogr. dont possiblement 0.2 à 0.3 ng sont du pigment. Moins de la moitié de la particule d'aggrégat de pigment est cristalline (hématite et vermillon) par conséquent les résultats de l'XRD (...) sont difficiles à mesurer. L'accord avec les données connues sur l'hématite est cependant convaincant ".

En résumé MC affirme finalement que les particules rouges trouvées (uniquement dans les zones image et "sang") sont de l'ocre rouge, pigment caractérisé par un mélange de particules d'oxyde de fer de différents couleurs, degrés d'hydratation, indices de réfraction et biréfringence, avec divers contaminants. Ce pigment contiendrait un taux "significatif" d'hématite, affirmation qu'il base essentiellement sur la biréfringence élevée de certaines de ces particules mais qu'il ne peut confirmer (et encore avec réserve) par une autre méthode (XRD) que sur une unique particule. 

 

- selon H et A :

 

- A l'opposé H et A font appel, comme nous l’avons vu, à de nombreux tests physique et chimiques pour caractériser les particules, amas, globules et incrustations de forme et couleur variables qu’ils observent.

 

 

 

- Néanmoins leurs propres observations au microscope à lumière polarisée montre que les fibrilles  et les particules sont dans leur majorité non biréfringents et non pléochromes, comme on peut l’attendre du sang et contrairement aux affirmations initiales de MC.

 

- Se demandant comment MC avait pu obtenir la propriété de biréfringence, incompatible avec du sang, sur les particules observées, Heller fit la découverte suivante : MC semble avoir observé les particules sans les avoir préalablement enlevées des rubans adhésifs qui rendent tout matériel biréfringent ! (« Ce matériel, lorsqu’il est observé sur les bandes adhésives (…) » MC).

Je peux ici confirmer que MC emploie le terme dans tous ses articles que j'ai pu lire le terme "tape" qui ne peut signifier ici que "bande adhésive" c'est à dire très probablement, dans le contexte, celles qui ont été utilisés en 1978 pour le recueil des prélèvements.

 

- Cependant, H et A trouvèrent aussi des particules d'oxyde de fer biréfringent, comme MC, mais en petites quantités et non associé à l'image :

  • à une concentration plus élevée dans les cernes d'eau et les zones brûlées : cet oxyde de fer se serait formé au cours de l'incendie de 1532 par la décomposition par la chaleur du fer de l'hémoglobine brûlée(réaction connue depuis des siècles et apparemment ignorée de MC) et qui aurait été entraîné par l'eau
  • et surtout, comme nous le reverrons, sous une forme pure, non associé aux contaminants retrouvés quasi-constamment dans l'ocre rouge : cet oxyde de fer ne peut donc pas être celui retrouvé dans les peintures.
  • En d'autre termes, le seul oxyde de fer trouvé par H et A n'est pas celui utilisé dans les peintures et sa présence et sa localisation s'expliquent par les effets de l'incendie de 1532 sur le fer du sang.

 

b) Le « liant » de gélatine :

 

Pour les détails voir ci-dessus : recherche de protéines.

 

- selon MC :

 

Nous avons vu que MC attribue l’image (dont le sang) à une peinture. Toute peinture implique un liant ou médium contenant le pigment et permettant la cohérence de la peinture et son maintien sur le support.

Se basant simplement sur l'aspect de la coloration jaune des fibres (dont il reconnaît d'ailleurs qu'elle apporte la principale contribution à l'image) et sur son test au noir amido (dont nous avons vu plus haut ce qu'il fallait en penser) il affirme que cette coloration est due à du collagène vieilli.

 

- selon H et A :

 

- A l’inverse, H et A démontrent bien par plusieurs tests aux réactifs et aux protéases la présence de protéines dans la zone sang (ce qui est normal s’il s’agit bien de sang)  mais :

 

- ces mêmes tests (dont un test très sensible) montrent l’absence de protéine dans la zone image non-sang : aucun liant à base de protéine ne participe à la formation de l’image contrairement à ce qu’affirme MC.

 

- l’absence de coloration jaune des fibres sous les taches de sang dissoutes aux protéases n’a pas d’explication dans la théorie de MC.

 

 

c) Le vermillon :

 

Le vermillon est du sulfure de mercure (HgS), pigment couramment utilisé au Moyen-Age pour sa couleur rouge brillant.

 

- selon MC :

 

- Initialement, MC ne parla pas de vermillon dans ses observations au microscope ;

 

- En 1980, il confie des échantillons à ses associés qui utilisant la diffraction aux électrons et aux rayons X, trouvèrent, entre autres, du fer, du mercure et soufre. Du fait de la coïncidence des pics de mercure (Hg) et de soufre (S), ils en déduisirent la présence de vermillon (HgS) sur une douzaine d’échantillons testés provenant de la zone sang. Ces données ont été largement critiquées (absence de contrôle, surestimation des quantités etc.).

 

- Reprenant alors les échantillons, MC se mit à voir en grand nombre des particules, différentes des particules d’ocre rouge précédemment signalées, et caractéristiques selon lui de particules de vermillon. Il affirma les avoir trouvées que dans la zone sang et pas dans la zone image.

 

- En fait Mac Crone et associés prouvèrent par d'autres méthodes le vermillon dans 8 particules microscopiques et la question principale qui se pose (y compris pour certains de ses "partisans") est celle de la représentativité de cette découverte.

 

 

- selon H et A :

 

- H et A découvrirent, dans un échantillon provenant de la zone sang du « coup de lance » une énorme particule ressemblant au cinabre, cristal de sulfure de mercure, du vermillon. Ils mirent en évidence, dans cette particule, de forte quantité de mercure et conclurent, de l’association cristal+mercure, qu’il s’agissait bien de vermillon. Ils décidèrent alors de faire une recherche exhaustive de cinabre sur cet échantillon et les 21 autres : ils n’en trouvèrent aucune.

 

Ils en déduisirent logiquement que la présence de quelques particules de vermillon étaient un artéfact et ne pouvait pas être en cause dans la production des taches de sang.

Cette déduction est en plein accord avec l'absence de détection de mercure dans les taches de sang en fluorescence X.

 

Il restait à expliquer tout de même la présence de ce vermillon.

On sait qu’au cours de l’histoire de nombreuses copies du suaire ont été peintes et qu’il était fréquent de « sanctifier » la copie en la mettant au contact du suaire, face à face. L’hypothèse est qu’à cette occasion des particules de vermillon ont pu passer de la copie sur le linceul, en particulier dans les zones sang. La démonstration a pu être faite expérimentalement de la possibilité de ce transfert.

 

 

d) Les autres éléments :

 

- Les associés de MC découvrirent la présence de nombreux autres éléments chimiques tels le sodium, magnésium, aluminium, potassium, chlore, phosphore, silice etc.

Pour MC, certains de ces éléments sont ceux que l’on retrouve dans les contaminants de l’ocre rouge naturel tels que le feldspath ou le quartz.

 

- H et A ont rapporté avoir trouvé les mêmes éléments, que l’on retrouve aussi dans le sang.

 

- Comme on l’a déjà vu, un élément important est l’absence de Manganèse, Cobalt et Nickel (rapportée aussi bien par H et A que par MC) qui sont des impuretés quasi systématiquement présentes dans les peintures à base d’ocre rouge. Mais MC n’y fait pas référence, alors c'est une donnée majeure contre l'ocre rouge. 

 

 

  

TABLEAU RECAPITULATIF DES DONNEES :

 

 

 

MAC CRONE et al.

ADLER ET HELLER

REMARQUES

 

METHODES

- principalement : microscope à lumière polarisée (PLM)

- accessoirement :

méthodes physiques

13 tests physiques et microchimiques de détection des composés du sang

 H et A utilisèrent aussi largement le PLM pour aboutir à des conclusions opposées à celles de MC

 

 

TESTS DE MEDECINE LEGALE DE RECHERCHE DE SANG

 

 

- tous négatifs

Ces tests ne sont pas adaptés car nécessitant une solubilisation préalable des particules, difficile sur du matériel ancien.

 

Il semble que MC n’est pas remarqué ce problème qui rend sans valeur ses conclusions.

 

 

 

 

PARTICULES

 

« OXYDE DE FER »

 - 1980 : oxyde de fer pur (biréfringent)

 - 1996 : ocre rouge=oxyde de fer naturel, mélange de particules de couleurs et biréfringence variable

- caractérisation par MC de l'hématite par une autre méthode sur une unique particule

 

- particules de formes et couleurs diverses, majoritairement

non biréfringentes et solubles dans l'hydrazine : pas d'oxyde de fer

- détection d’oxyde de fer (biréfringent) insoluble dans l'hydrazine dans les cernes d’eau et les brûlures uniquement

 -En 1980, il est très probable que MC a fait

ses observations à travers les bandes adhésives qui rendent tout matériel biréfringent

 

-L'oxyde de fer trouvé par H et A est pur, sans contaminant : ce n'est

 pas  l'ocre rouge des peintures, toujours contaminé.

 

 

 

MAC CRONE et al.

ADLER ET HELLER

REMARQUES

 

 

PROTEINES

 

« LIANT » DE PEINTURE ?

 

- liant protéique à base de collagène vieilli responsable de la couleur jaune des fibres de l’image (sang et non sang)

 

- test au noir Amido

positif

- tests de recherche de protéines (hydrazine, fluorescamine, protéases) positifs sur le sang uniquement = protéines du sang ;

négatifs ailleurs=pas de protéine dans l’image

- tests de détection de l'albumine (vert de Bromocrésol)positifs sur le sang et les halos de sérum

 - La recherche de protéine est positive sur les taches de sang et les halos de sérum qui les entourent ; négative sur le reste de l’image

 

 - Fibrilles incolores sous les taches de sang (non compatible avec MC)

 

- test au noir amido sans valeur sur du lin.

 

 

 

 

 

 

 

HEMOGLOBINE

 

 

 

 

 

Non testé

-tests positifs pour la recherche de porphyrine, constituant de l’hémoglobine.

- méthémoglobine (forme vieillie dénaturée d’hémoglobine) détectée par son spectre et un test chimique

 

 

Tests physiques (microspectrophotométrie)

et chimiques (hydrazine+acide formique) concordants pour la porphyrine de l’hémoglobine

 

BILIRUBINE

 

Non testé

 

Test positif (azobilirubine)

- taux élevé explicable par une mort violente

- Permet d’expliquer le sang « trop rouge »

 

 

 

 

VERMILLON (HgS)

- basé sur tests physiques de détection de Hg et S, puis observation au microscope

- présent « en grande quantité », uniquement dans les zones sang

(non noté dans les premières observations)

- détection et test de confirmation d’une particule sur les 21 échantillons testés.

- très faible quantité n’expliquant en rien l’image

- explication possible de sa présence (voir texte)

 

- affirmation de MC basée uniquement sur l'aspect au PLM mais confirmé par d'autre méthodes sur 8 particules seulement

 

- Problème de la représentativité des échantillons testés par MC

 

 

 

 

AUTRES ELEMENTS

- présence de nombreux éléments chimiques compatibles avec les impuretés minérales de l’ocre rouge

 

- rien sur l’absence des impuretés caractéristiques de l’ocre rouge-peinture

- présence des mêmes éléments que MC, normalement présents dans le sang.

- absence de Nickel, Manganèse et Cobalt, impuretés toujours retrouvées dans les peintures d’ocre rouge

 

 

 

 

 

 

 

DISCUSSION

 

1) La méthode générale

 

Le tableau ci-dessus démontre les différences importantes entre les approches de MC et de H et A :

 

- l’un, MC, fait avant tout confiance en son microscope. il reconnaît que son objectif dans l'étude du suaire était avant tout de remettre à flot la technique vieillissante du microscope à lumière polarisée  : " j'avais espéré que résoudre ces problèmes (NdT : entre autre celui du suaire) en utilisant le microscope à lumière polarisée (PLM), puis d'autres instruments adaptés (...) pour confirmation, pourrait aider le PLM à retrouver sa position perdue en chimie analytique".

 

- les autres, H et A, n’eurent pas d’a priori sur la nature des particules qu’ils observèrent au microscope. Bien qu’ils furent très vite persuadés qu'il s'agissait bien de sang, ils prirent la peine d’employer (et même de mettre au point) des tests microchimiques et physiques pour rechercher chaque élément du sang et explorer à fond leur hypothèse.

 

- la lecture des papiers (publics) montre que MC fait souvent appel à "l'argument d'autorité" et a tendance à balayer d'un revers de main les arguments opposés aux siens.

J'ai aussi pu remarquer certains arguments franchement tendancieux dans les papiers de MC comme par exemple (parmi d'autres) : " les scientifiques du STURP n'ont pas trouvé de particules de pigment (au microscope) au grossissement 20-50 (j'ai utilisé le grossissement 400-2500). Il n'y a aucun moyen, au grossissement 50, que quiconque puisse identifier les particules rouges comme de l'oxyde de fer et de l'ocre rouge (...) ". En fait MC fait ici allusion aux toutes premières observations directes de 1978 qui étaient effectivement au grossissement 50. Mais toutes les observations suivantes, en particulier de H et A, ont été faites à des grossissements comparables à ceux de MC.

 

- en fait MC a toujours refusé le débat avec ses contradicteurs et les traite à plusieurs reprises de "menteurs" ou d'"incompétent" voire carrément de "fraudeur". A l'inverse les opposants à MC tentent de réfuter un à un les arguments de MC dans un esprit réellement constructif, tout au moins dans les papiers publics que j'ai pu lire.

 

- le mode de fonctionnement du STURP était le suivant : avant d'être proposé pour publication dans une revue scientifique, tout chercheur qui voulait obtenir le "label officiel" du STURP devait présenter et défendre son article devant un comité de lecture interne à celui-ci. On peut interpréter ceci soit comme une recherche de garantie de qualité, soit (comme ne manquent pas de le faire des "sceptiques") une tentative de censure préalable. MC présenta à 3 reprises ses papiers qui furent chaque fois refusés pour insuffisance de données, interprétations non ettayées etc.(il ne fut d'ailleurs pas le seul).

Toujours est-il que MC ne présenta jamais ses papiers pour publication devant des revues scientifiques indépendantes (il les publia dans Microscope, sa propre revue), alors que ceux de H et A furent publiés dans de telles revues (ce qui n'implique pas qu'ils aient raison mais au moins que leurs travaux sont scientifiques et de qualité). 

 

2) Le "sang"

 

- MC ne recherche la présence de sang que par des techniques classiques de médecine légale dont nous avons vu qu'elles étaient inadaptées au support.

 

- La quantité (13) de tests de H et A pour la présence des constituants du sang est impressionnante et tous ces tests sont positifs, sans exception.

Toutes ces études ont été publiées dans des revues scientifiques sérieuses et leur démarche obéit aux règles reconnues.

 

- Certains, comme Fischer et al., partisans de la thèse de MC, ont mis en doute la spécificité des tests de H et A.

Ces allégations sont hautement sujettes à cautions :

  • Leurs articles n’ont pas été publiés dans des revues scientifiques
  • Elles sont basées sur des tests aux résultats étonnants (l’hydrazine dissoudrait l’oxyde de fer, le vermillon…) ou bien des tests très probablement différents de ceux de H et A qu’ils prétendraient contrer.
  • Enfin, ils n’ont aucune explication sur certains faits comme l’action dissolvante des protéases sur les taches de sang.

3) Les particules

 

Il s'agit là, sans aucun doute, de la base de l'argumentation de MC, spécialiste incontestable de l'étude microscopique des particules.

 

En fait la présence des particules n'est absolument pas contestée par H et A. Ce qu'ils contestent c'est l'identification par MC par le seul microscope (ou quasiment) de ces particules à de l'ocre rouge qui serait responsable (avec le liant jaune de gélatine de MC) de l'image.

Il faut bien différencier la question de la présence de tel ou tel type de particule et l'interprétation que l'on en fait par rapport au problème de la composition de l'image et du sang.

Pour interpréter la signification des particules il faut disposer bien sûr de leur composition mais aussi de leur densité et enfin de leur répartition.

 

- leur composition :

 

Elle a quelque peu varié au cours du temps dans les affirmations de MC :

 

  • au départ de simples particules d’oxyde de fer
  • puis de simples particules d’oxyde de fer postérieures au 18ème siècle (!)
  • puis de l’ocre rouge (oxyde de fer naturel), disponible depuis des millénaires, dans un liant protéique
  • enfin peinture à base d’ocre rouge dans un liant protéique, rehaussé, dans les zones « sang », par du vermillon (sulfure de mercure, HgS).

A l'inverse, H et A différencient les différents types de particule d'une part (comme MC) suivant leurs caractéristiques au microscope à lumière polarisée (biréfringence etc.) mais aussi à l'aide de l'hydrazine qui dissout les particules organiques comme le sang et ne dissout pas l'oxyde de fer qui pourrait former des particules ou être contenu dans des particules d'ocre rouge.

Ils découvrent que la majorité des particules rouges sont entièrement dissoutes sans résidu, sauf quelques unes, en plus grand nombre dans les cernes d'eau.

Les particules, non distinguables entre elles au microscope classique, sont différentiables par leur biréfringence et leur solubilité dans l'hydrazine et il y a effectivement corrélation entre les deux propriétés.

 

En résumé, H et A sont parfaitement capables de différencier les particules d'oxyde de fer des particules organiques (qu'ils démontrent par ailleurs être du sang) et donc leur affirmation selon laquelle la grande majorité des particules est du sang est pour moi l'argument majeur en faveur de leur théorie et contre celle de MC.

 

leur répartition :

 

MC ne trouve de particule que dans les échantillons provenant de la zone image et, en plus grande quantité et plus souvent agglomérées, dans la zone sang.

Il y aurait donc une corrélation spatiale entre les particules et l'image (condition nécessaire mais non suffisante pour la théorie de la peinture).

Sous l'hypothèse de H et A que la majorité des particules sont des particules de sang, Jackson a expérimenté l'hypothèse de la translocation : à partir des pliures du tissu et de la position des brûlures il a reconstitué la configuration de pliage du linceul au moment de l'incendie de 1532.

En dépliant et repliant un tissu analogue plusieurs fois, il obtient une configuration de répartition des particules quasiment analogue à celle de MC.

On peut aussi supposer, comme pour le vermillon, que des particules d'ocre rouge (si elles existent) ont pu être déposées par contact avec des reproductions peintes du suaire à l'échelle dans la zone image, comme pour le vermillon.

La répartition des particules trouvée par MC n'est donc pas un argument fort en faveur de son hypothèse.

 

- leur densité :

 

La densité des particules est difficile à évaluer d'après les sources.

MC parle de "nombreuses", de "millions" de particules sans détermination quantitative ni préciser l'endroit observé.

 

Dans un email personnel Rogers m'écrit à ce propos : " Mon microscope pétrographique à lumière visible a une résolution de 300 nanomètres. Je peux facilement résoudre les particules de pigment qui sont et étaient utilisées dans les peintures. Elles n'apparaissent sur aucune de mes bandes adhésives. J'ai passé au moins des centaines d'heures à les étudier et j'ai pris des centaines de microphotographies. Joe Kohlbeck, un microscopiste professionnel à Hercules Corp. a aussi regardé mes échantillons."

 

Selon MC, la densité de particules ( et sa variation spatiale expliquant l'image) est trop faible dans la zone image pour être décelée par les appareils utilisés mais supérieure à ce que l'oeil peut percevoir (2 à 3 microgrammes de fer/cm2 pour le STURP comme pour MC).

Les observations de STURP par fluorescence X et UV, compte tenu des incertitudes de mesure des appareils, convergent pour une limite supérieure de quantité de fer sur la zone image de 2 à 5 microgrammes Fe/cm2. 

On ne peut donc pas en tirer une certitude absolue mais la densité de particule d'oxyde de fer (dans l'hypothèse MC) doit être faible. De plus il est très peu probable que les variations de densité nécessaires pour obtenir les variations notables de densité de couleur n'aient pas pu être repérées.

 

4) l'image : une peinture ?

 

Toute peinture est une structure laminaire qui est composée d'un pigment porteur de la couleur, d'un liant permettant le maintient du pigment sur le support et souvent d'un mordant métallique.

- concernant le pigment : voir ci-dessus la question des particules.

- concernant le liant : il ne fait aucun doute que les données et arguments de H et A sont beaucoup plus convaincants que ceux de MC : absence de protéine hors de la zone image, concordance avec les données spectrométriques et de fluorescence UV, tests de MC non adaptés au support (faux positif).

 

Même en supposant la présence d'ocre rouge et de vermillon, la seule absence ( prouvée à mon avis) de liant suffit à démolir la théorie de la peinture de MC. 

 

Isabelle Piczek (scientifique et peintre de haut niveau) dans la source citée apporte l'éclairage d'une professionnelle renommée de la peinture et de son histoire.

Sans entrer dans le détail elle démontre l'impossibilité pour une peinture sur lin du Moyen-age, de multiples fois roulée et déroulée, de parvenir jusqu'à nous avec une image non abimée et ce quel que soit les pigments et liants utilisés disponibles à cette époque.

 

 


 

CONCLUSION SUR LES TACHES DE SANG ET L'HYPOTHESE DE LA PEINTURE :

 

 

Notre conclusion s’appuiera sur la synthèse suivante :

 

1) Il s’agit bien de sang :

 

- la totale véracité anatomique des traces de sang, presqu'unanimement reconnue.

 

- la compatibilité avec les données physiques de spectrométrie, fluorescence UV (absence de fluorescence des taches de sang, légère fluorescence du sérum autour de certaines taches), fluorescence aux rayons X (augmentation de la quantité de fer dans les zones sang, compatible avec le fer de l’hémoglobine).

 

- l'aspect et les propriétés (non biréfringence, dissolution par l'hydrazine et les protéases sans résidu) de la plupart des particules sont compatibles avec le sang et incompatibles avec l'hypothèse de particules d'ocre rouge.

 

- détection par 13 tests indépendants, physiques et microchimiques, de tous les composés attendus d’un sang vieilli, dénaturé: porphyrine (hème de l’hémoglobine), méthémoglobine (hémoglobine dénaturée oxydée), bilirubine, protéines (dont albumine).

Même si, ce qui est très loin d’être prouvé, certains de ces tests n’étaient pas totalement spécifiques, le fait que la totalité des 13 tests de H et A, sans exception, soit positifs, rend très improbable la possibilité qu’il s’agisse d’autre chose que de sang.

 

 

 

2) Il ne peut pas s’agir d’une peinture, comme l’affirme Mac Crone :

 

- selon Mac Crone, l’image toute entière (sang + non-sang) est une peinture ; or la zone image non-sang ne peut en aucun cas être une peinture : le liant aurait coulé entre les fibres et on aurait observé un phénomène de capillarité. On a vu que ce n’est pas le cas : l’image est extrêmement superficielle.

Au contraire le sang a bien coulé à l’intérieur du tissu jusqu’à la face postérieure : ce fait est certes compatible avec du sang comme avec une peinture. Mais dans ce cas Mac Crone ne peut pas faire de l’image non sang une peinture.

La non-discrimination image/sang par Mac Crone (une même peinture avec seulement du vermillon en plus dans les taches de sang) va contre toutes les observations les plus évidentes, même macroscopiques.

 

- toutes les observations physiques du STURP (spectrométrie, fluorescences etc.) ne montrent pas de différences entre l’image et le fond du suaire qui indiquerait la présence de pigments, organiques ou inorganiques à l’origine de l’image. De même l’effet de l’incendie  de 1532, là où les brûlures sont proches de l’image, va contre l’utilisation de pigments.

 

- Si l’image était constituée d’ocre rouge (oxyde de fer), on devrait déceler une bien plus grande quantité de fer dans celle-ci que dans le fond de suaire : ce n’est pas le cas : le fer est présent partout y compris dans la zone non-image.

Les traces d’oxyde de fer présentes dans les brûlures et les cernes d’eau sont explicables par l’effet de l’incendie de 1532.

L’oxyde de fer retrouvé ne s’accompagne pas des contaminants presque toujours retrouvés dans les peintures à l’ocre rouge du Moyen-Age que sont le manganèse, le nickel et le cobalt : cet oxyde de fer ne provient pas d’une peinture.

 

- Un liant de gélatine (à base de collagène) serait, selon Mac Crone, le médium de la peinture de l’image et à l’origine de la coloration jaune des fibres image ; ceci est très improbable : la fluorescence UV ne le détecte pas et enfin les tests de Heller et Adler ne mettent pas en évidence de protéine comme le collagène dans la zone image non-sang.

 

- Enfin le vermillon effectivement trouvé dans les taches de sang l’est en quantité certainement beaucoup moins importante que ne l’affirme Mac Crone et sa présence peut s’expliquer historiquement.

 

AU TOTAL :

 

Il ne fait aucun doute que ce qui ressemble à du sang sur le suaire est bien du sang et il est très probable que l'image n'est pas une peinture. 

 

Toutes les données anatomiques, physiques et chimiques vont dans ce sens et les arguments de Mac Crone en faveur de la peinture médiévale, basés essentiellement sur des observations au microscope, beaucoup plus pauvres quantitativement et qualitativement (sans compter ses erreurs et variations), sont largement dépassés.

Au contraire, les données et interprétations du STURP, qui sont basées sur de multiples observations et expérimentations, avec des techniques validées et multiples, sont convergentes pour aboutir à une théorie solide (réfutable par expérimentation donc scientifique) ayant un fort degré de cohérence interne.

 

La plupart des scientifiques semblent l’admettre maintenant ; seuls les publications ou sites Web opposés par principe à l’authenticité du suaire admettent encore sans discussion la théorie de la peinture selon Mac Crone avec souvent un ton et une passion bien peu scientifiques.

Pour d'autres, plus modérés, le raisonnement sous-jacent est facile à décrypter : la datation au carbone 14 ayant « prouvé » que c’était un faux médiéval, la seule explication est celle d’une peinture et la théorie de Mac Crone est la plus connue. Sans chercher plus loin on l’adopte. La démarche scientifique basée sur l'examen minutieux et sans a priori des données n’y trouve pas son compte. 

 

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